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Isabelle Lartault
DES ÉTAPES ÉCLAIRANTES LE LONG DU TRAJET
À la suite dexpériences dans des domaines
artistiques différents, Michel Verjux(1) a réalisé
des performances qui lont amené à produire
des uvres
sous la forme dinstallations. Cest à partir
de ce moment-là quil a commencé
à considérer luvre dart «non
pas comme de la peinture, ni comme de la sculpture, mais comme
de léclairage»(2), revendiquant le fait qu«éclairer,
cest déjà exposer.» Son projet artistique
sinscrit dès lors dans une «recherche à
la fois ontologique, logique et sémiotique» de luvre
dart visuel en général.
Il sagit pour lui de montrer jusquà quel point
lon peut réduire ou plutôt concentrer luvre
à son «geste ou signe minimum nécessaire et
suffisant.» «La lumière est le matériau
nécessaire à la perception de la réalité
environnante et donc des uvres dart visuel ;
mais la lumière en acte dans des situations concrètes,
ce passage obligé du regard à lobjet exposé,
cest léclairage. Et léclairage
est un signe ontologiquement lié à la perception
de lespace.»

De 1983 à 1985, les «premiers éclairages»
de M.V. se situaient dans des lieux dexposition obscurs
ou délibérément obscurcis avec linterposition
dobjets en trois dimensions entre la source lumineuse et
le mur exposé de lumière provenant de projecteurs
de diapositives. Ces éléments servaient à
découper des formes renvoyant soit à la structure
de lespace dexposition, soit au faisceau de lumière
projetée lui-même. Ils avaient également la
particularité dêtre mobiles et en rapport avec
lidée dexposition des éléments
de construction ou de mobilier tels que fils à plomb, socles,
tables tout dabord, puis seulement des socles, et ensuite
de simples volumes parallélépipédiques ou
pyramidaux servant dintermédiaires entre la source
lumineuse et la surface finale éclairée par la projection.
Plus tard, ces objets que M.V. appelle aussi des obstacles ont
été supprimés.
Ces obstacles, M.V. en a parlé souvent comme de «détours
poétiques», mais on a limpression quil
avait aussi décidé de les dresser lui-même,
à lui-même, comme sil savait quil serait
amené à les faire tomber ou à les éviter,
à se dépasser.
Au cours de lété 1986, à Montréal,
lors de lexposition Lumières, un handicap
physique conduisit M.V. à modifier son projet initial,
une pièce pour laquelle il devait construire des socles.
Cet incident de parcours le poussa à passer par-dessus
lobstacle. Il découvrit quil lui suffisait
de laisser les projecteurs posés au sol, déclairer
en lumière rasante le sol sur tout le trajet de la projection,
dun mur à lautre et, frontalement, le mur du
fond. «La poésie est tout autant dans le raccourci
que dans le détour», commente-t-il. Cette pièce,
Hommage au sol et au mur, était en fait «plus un
hommage à lici et maintenant quau carré,
ou à une quelconque autre figure géométrique.
Ce qui mintéresse, ce nest pas plus le cercle
en soi plus que le carré en soi ou les choses en soi, en
général, mais les processus produisant les choses
et les relations entre ces choses.»

Durant ce même été, la commande dune
pièce permanente pour une école maternelle entraîna
M.V. à renouveler ses instruments, transformant de ce
fait la relation de ses uvres à leur environnement.
Cest en cherchant une solution (il en allait de la viabilité
et de la durabilité de cette uvre) pour que ses «éclairages»
pûssent soutenir la lumière ambiante quil découvrit
les projecteurs à découpe plus puissants et ne projetant
habituellement pas dimage mais directement des découpes
de lumière. «Contrairement aux projecteurs de diapositives,
les projecteurs à découpe possèdent des lampes
dune durée de vie plus longue : ils sont généralement
utilisés dans les magasins, théâtres et musées.
Et puis, comme je métais débarrassé
auparavant de la connotation des éléments de mobilier
en travaillant avec des volumes plus abstraits, jévitais
avec ce nouveau matériel, à partir de cette pièce,
Les trois vitres den face, la connotation "diaporama".
Le changement est dautant plus décisif et motivant
quil nous apporte plusieurs gains simultanés.»

Avec lidée de ne plus obscurcir au préalable
les espaces avant de les ré-éclairer, sest
opérée, dans le «discours plastique»,
dans la formulation visuelle des «éclairages»
de M.V., une évolution importante. La conjugaison de différents
paramètres qui constituent la complexité dun
langage, tout comme son évolution dans une direction pas
forcément prévisible et lopportunité
de sadapter à de nouvelles situations, sont effectives
dans Morceaux Choisis lors de lexposition à la Cité
des Sciences et de lIndustrie, à la Villette, en
1987. Lespace dexposition était dans le hall
dentrée, extrêmement éclairé,
et les projecteurs à découpe que M.V. avait précédemment
utilisés nétaient pas suffisants. La Cité,
ayant des moyens financiers et technologiques importants, lui
permit de travailler avec des projecteurs de poursuite du type
HMI qui produisent une lumière intense, homogène
et peuvent projeter à une très grande distance dans
la lumière ambiante. À la période délaboration
dite «ombre et lumière» (1983-1986) succédait
celle dite «lumière dans la lumière»
(1987-1989) largement exploité encore aujourdhui.
Les projecteurs de poursuite me paraissent être un moyen
spécialement adaptable, en adéquation parfaite avec
lespace quils révèlent en se moulant
à lui. Ils permettent daborder des situations plus
complexes, de relier des ensembles de salles, créant ainsi
une dynamique, un parcours avec du suspens et même des rebondissements.
Des expositions personnelles telles que celles du Consortium à
Dijon en 1989 ou de la galerie Durand-Dessert à Paris en
1990, de la Villa Arson à Nice en 1991, du Musée
dart moderne de la ville de Paris et du Musée cantonal
des beaux-arts de Lausanne en 1992 étaient des modèles
du genre.
Dans cette dernière, lorsque le visiteur entrait, il avait
devant lui une ligne toute tracée, une succession de cercles
de lumière projetée sur le sol de chacune des portes
daccès des grandes salles classiques. Sil voulait
découvrir le reste de lexposition, sa visite était
guidée par cette Suite de quatre passages obligés.
Il devait alors aller jusquau bout, était obligé
dy passer. Obligé de parcourir des yeux les collections
du musée, et donc de remonter le temps, de rentrer un peu
dans lhistoire. Les salles en présentaient des échantillons ;
entre chacune delles les projections en «douche»
créaient des sortes de sas où prendre distance et
lumière, où être ou devenir éclairé.
Lexposition se poursuivait dans lespace suivant, consacré
aux expositions dart contemporain. Un artiste vient toujours
de quelque part.
Dans la grande salle du fond, M.V. avait également franchi
un pas supplémentaire dans sa confrontation avec la lumière
naturelle, puisquil avait choisi daller directement
à sa rencontre en pointant les projecteurs sur lendroit
par où elle pénétrait, les fenêtres.
Des toiles tendues sur les châssis filtraient la lumière
solaire, mais lextérieur du musée, la ville,
se devinait et au dehors, depuis la rue, les projections circulaires
se voyaient, se détachant dautant plus nettement
que le soir venait à tomber. M.V. ne révélait
plus seulement lespace mais la durée et le temps
quil faisait. Suivant le moment de la journée, léclairage
variait dintensité et de couleur. Ce que lartiste
mettait en uvre dans Suite sur trois des sept fenêtres,
cétait le fait de projeter de la lumière (artificielle)
sur les écrans protégeant les uvres de la
lumière (naturelle). Depuis la salle, on avait un aperçu
de cette réalité extérieure dont certaines
uvres sétaient dailleurs inspirées
avant de rentrer au Musée. Pas de vie sans lumière,
trop de lumière tue. Il était question dans cette
pièce dinstinct de conservation, de principe de transformation
et de recyclage. Un «éclairage» dont lélégance
et léloquence nempêchaient pas lironie.

La même année, au Musée dart moderne
de la ville de Paris, la tension entre la lumière artificielle
des uvres et la lumière ambiante naturelle atteignait
son comble. M.V. nhésitait pas à prendre le
risque que le spectateur passât à côté
des projections comme dans Suite en cascade et Solo à larrondi
qui, lorsque le soleil inondait les salles, étaient à
la limite de la disparition.

Un type de pièce similaire à Suite sur trois des
sept fenêtres fut présenté en 1994 au Musée
dart de Saint-Gall. Mais cette fois-ci, dans les pièces
appelées Ouverture(s), les filtres, les toiles tendues
sur les châssis des fenêtres avaient disparu. Les
projections de lumière sur ces dernières fonctionnaient
comme un instrument de mesure de lespace et du temps. La
lumière artificielle se mesurait à la lumière
naturelle. Toutes deux se juxtaposaient, se superposaient, non
pas pour se contrer mais pour se révéler lune
lautre simultanément.

Dans de telles uvres, tout au long de la journée,
tandis que le soleil monte, tourne et descend, selon que le temps
soit beau ou mauvais, quil sagisse dun long
jour dété ensoleillé ou dune
courte et blafarde journée dhiver, ladéquation
du solaire et de lélectrique est plus ou moins équilibrée.
Lorsque le soleil donne à plein, les projections sont presque
absorbées par la lumière ambiante, laissant la place
à une découpe de paysage. Alors seule la présence
du projecteur témoigne de la présence de luvre.
Il faut remonter à la source lumineuse et savoir attendre
quun nuage passe ou que le soleil décline pour voir
réapparaître la projection, sa destination finale.
Quand la nuit recouvre le paysage, la lumière projetée
met dabord en évidence la structure de la fenêtre,
recentrant le regard pour mieux le ramener vers lintérieur
de la salle. Le projecteur dirigé sur la fenêtre
accentue leffet de cadrage.

La permanence de la projection permet dattirer lattention
sur ce qui se passe en transparence, sur ce qui bouge derrière
la fenêtre : les arbres secoués par le vent,
un enfant qui tape dans un ballon, un oiseau en train de se poser,
le flux de la circulation automobile,
Les événements
varient à lintérieur du cadre imposé.
Lintérieur renvoie à lextérieur
et inversement. Lidentité de luvre se
constitue, évolue dans ce constant va-et-vient, se construit
au passage. Ce qui transforme la demeure demeure dans ce qui se
transforme. Chacun des «éclairages» expose
sa permanence dans le temps de lexposition mais, dans lensemble
de luvre, nest quune déclinaison.
La nature est permanente à lintérieur de ses
cycles temporels (jour/nuit, saisons), mais ils contiennent en
eux-mêmes de lintermittent, de laccidentel,
du fugace, de léphémère
Qui ira jusquà ouvrir la fenêtre ?
On aimerait que des expositions comme celles de Lausanne ou Saint-Gall
soient visibles durant une année, à différentes
heures de façon à pouvoir revenir sur les lieux
pour mieux suivre lévolution de la lumière
naturelle et des «éclairages» au fil des saisons.
Chez M.V., la notion de temps était présente dans
les performances davant 1983 et dès les premières
installations (Plombs daxe, 1983, Double porte, 1984, etc.),
puisquil fallait parcourir lespace pour voir luvre.
«Dun côté, nous évoluons dans
un espace-temps dans lequel la lumière suit certains trajets.
De lautre, une uvre est toujours en train de saccomplir
pendant le temps de regard du regardeur, du passant,
»

Le projecteur est une machine qui fonctionne lorsquon la
branche sur le courant électrique et qui consomme des lampes
dont la durée de vie est limitée. Le temps, au même
titre que lespace, la matière et la lumière,
est donc une des conditions premières de lexistence
de luvre. De même que M.V. ne cherche pas à
transformer les matériaux et les objets, puisquil
sagit plutôt de montrer le fait de montrer, tout en
montrant une situation, voire la variabilité de certains
de ses éléments, il ne nivelle ni ne repeint le
sol ni les murs quil éclaire et ne dérobe
ni les projecteurs à la vue, ni le bruit de leurs ventilateurs
à louie. «La reconnaissance de luvre
comme signe en situation, flagrante dans les objets readymade
de Duchamp, nempêche pas celle de luvre
comme matériau et forme dans un espace réel (comme
chez Tatlin,
Van Doesburg, etc.)». La variabilité, même
dans ce qui pourrait être considéré comme
un défaut et faire lobjet dun rejet par
sélection est, dans le travail de M.V., complètement
assumée. Les lampes, par exemple, bien que fabriquées
en série, ne sont jamais parfaitement identiques.

Elles peuvent légèrement varier de couleur et dintensité.
Limperfection, lorsquelle est inhérente au
matériel, ainsi que lusure dans ce quelle a
dirrémédiable jusquau point
limite de lisibilité du projet artistique en acte dans
luvre font partie intégrante du
processus dévolution de «lorganisme artificiel»,
physiquement parlant. «Seul son concept possède intégrité
et permanence.»
À lautomne 1992, M.V. a inauguré un type
d«éclairage» en extérieur et donc,
par la force des éléments, nocturne «quelle
lumière peut-on ajouter quand le grand projecteur autour
duquel notre planète gravite est braqué sur nous ?» ,
mais aussi un type de pièce élargissant encore la
relation à lespace-temps. Léchelle du
musée ou même de la rue, du quartier ou de la ville,
était alors dépassée et lespace géographique
directement investi. Projeté sur la façade dun
immeuble du centre urbain dÉdimbourg, en Écosse,
ce demi-cercle de lumière navait pas trouvé
sa moitié qui devait être projetée dans le
centre ville de Copenhague, au Danemark. Lidée était
dexposer ces deux projections, au même moment, chacune
sur une façade de deux villes éloignées lune
de lautre.

Cétait en définitive une seule uvre
mettant en relation deux situations. Plus tard, M.V. réalisa
cette pièce dans une version «intérieure»
lors de la suite dexpositions des années 1993-94
en Allemagne et en Suisse (Münster, Brême, Leipzig
et Saint-Gall) et elle fut alors baptisée Le complément
de lautre. À dÉdimbourg, M.V. participait
à une exposition dartistes européens et avait
souhaité que la seconde moitié fût présentée
à Copenhague parce que cette ville-ci devait succéder
à cette ville-là comme capitale européenne
temporaire. Si aucun être humain na le don dubiquïté,
il est cependant matériellement possible aujourdhui
dêtre informé en direct sur ce qui se passe
de lautre de la planète.

M.V. se servira peut-être un jour des moyens de télécommunications
actuels, du parcours des ondes électromagnétiques
depuis les satellites jusquaux différents relais
qui conduisent à la transmission sur les écrans
des téléviseurs, pour diffuser en temps réels,
dans chacune des villes, chaque demi-cercle de lumière
projeté là-bas , et transmettre simultanément
son complément in situ ! Mais pour qui a besoin de
vérifier et le goût du voyage, pourquoi ne pas choisir
un autre moyen de transport et relier les deux projections en
parcourant soi-même les kilomètres qui les séparent
En 1994, M.V. a répondu à une commande de la Fondation
de France, dans le cadre de laménagement dune
halte nautique le long du canal de Bourgogne. Comme dans lexposition
de lannée suivante à New York, la pièce
que proposa M.V. à cette occasion, Onze verticales pour
un horizon, fonctionnait tout autant comme «éclairage»
artistique que comme éclairage public. Sur toute la hauteur
dun ensemble de maisons se dressaient onze tubes transparents
dans lesquels la lumière était projetée.
Ainsi quun éclairage public, le site était
mis en lumière dès lapproche du soir, révélant
le rythme, lélévation des constructions et
lhorizontalité du paysage. «Le fait davoir
travaillé dans un site non urbain, dans un paysage rural»,
précise M.V., «ma amené à inclure
dans ma réflexion les éléments constitutifs
de ce lieu et la façon que nous avons dappréhender
habituellement un tel site. Mais jai suivi la ligne directrice
de mon travail d"éclairage". Que ce dernier
soit montré dans un lieu qui linstitue clairement
comme étant de lart (galerie, musée, appartement
de collectionneur,
) ou dans un lieu qui ne lauthentifie
pas forcément comme tel (rue, gare, banque, halte fluviale,
),
je veux que mon travail puisse fonctionner non seulement à
un niveau symbolique (en tant que signe conventionnellement reconnu
comme uvre dart) mais à un niveau indiciel
(en tant que signe en relation existentielle ou de contiguïté
physique avec lenvironnement dans lequel il est en acte).

Linstallation réalisée sur les façades
de front bâti le long du canal, en tant que signe, remplit
au moins deux fonctions différentes : indicielle pour
lhabitant de ce village et le passant non avertis, indicielle
et symbolique pour le connaisseur ou lamateur dart.»
New York, en 1995, permit à M.V. dintervenir une
nouvelle fois au dehors. Dans Du dedans au dehors, la lumière
était projetée de lintérieur de la
galerie Max Protetch à lextérieur, pour aboutir
en haut des deux murs dimmeubles situés à
un carrefour de SoHo. Deux projections de très grand diamètre
qui traversaient la vitre et léclaboussaient au passage.
Le passage, cest aussi celui du jour à la nuit que
suggéraient les projecteurs allumés dès le
crépuscule. Les «cercles» de lumière
apparaissaient plus contrastés au fur et à mesure
que la nuit sintensifiait. Le public de la galerie découvrait
luvre dans sa fonction symbolique depuis la salle
(dans laquelle étaient installés les projecteurs)
et les passants dans sa fonction «indicielle» depuis
la rue. Ces derniers sattardaient, étonnés,
semblaient sinterroger sur la provenance de cette lumière,
allant même parfois jusquà chercher lexplication
en remontant au projecteur pour conclure quil sagissait
dune uvre dart. Ces réactions faisaient
surgir à nouveau certains des mécanismes de la performance.

M.V. insiste souvent à propos de la création artistique
sur la nécessité de se construire un «langage»
avec un vocabulaire, une syntaxe, etc., et sur le fait que ce
langage est sans cesse en évolution. Mais ce nest
pas parce que les premiers mots que nous apprenons sont «papa»
et «maman» que nous nallons plus les utiliser
ensuite, lorsque notre langage va sétoffer de bien
dautres énoncés, se densifier. Peut-être
simplement emploiera-t-on davantage «père»
et «mère». De plus, la progression nest
pas forcément linéaire ; il y a des va-et-vient,
des effets de retour, etc.
Cest probablement à partir dun tel raisonnement
quaprès avoir essayé de réduire les
éléments de son langage pendant les périodes
délaboration «ombre et lumière»
(1983-86), et «lumière dans la lumière»
(1987-89), quil regroupe sous le nom d«éclairages
analytiques», que M.V. en est arrivé à une
phase, peut-être celle de la maturité, lui permettant
de combiner plusieurs types d«éclairages»
(comme Suite de trois pour une, à Nice, en 1991, En sous-sol,
à Leipzig, en 1994). «Éclairages synthétiques»,
cest ainsi que M.V. désigne la période de
son évolution dans laquelle il se situe aujourdhui.
«Les langages sont des activités productrices de
signes, de marques distinctives qui peuvent nous aider à
nous repérer, à exprimer, communiquer, agir,
Ils ne sont pas des systèmes clos sur eux-mêmes.
Les uvres dart appartiennent au langage de lart
et ne sont pas des tautologies. Je ne crois pas à lauto-référentialité
bouclée sur elle-même de la modernité.»

Il se dégage de la manière de travailler de M.V.
un net refus de senfermer et de laisser enfermer. Pas question
quil ne sendorme ni que le regardeur ne ferme les
yeux. Dailleurs, lorsquil découvre que ce dernier
se contente daller dans une seule direction, de ne voir
dans une projection de lumière quune image quil
sattend toujours à retrouver à lidentique,
bref de ne rechercher quun seul aspect de son travail, il
y a de fortes chances pour que, profitant de la prochaine exposition,
il se mette au défi de lui en montrer un autre.
Que va exposer Michel Verjux au Musée de Chiba, au Japon ?
Sil en a certainement déjà une idée,
ce nest quen situation, en se confrontant à
la réalité du lieu, que cette idée va pouvoir
définitivement prendre forme. Dailleurs, comme il
le dit très bien lui-même : «La lumière
nest jamais mieux perceptible à nos yeux que lorsquelle
vient buter sur le prochain obstacle.»
Isabelle Lartault, Paris, Octobre 1995.
(1) Le nom de Michel Verjux sera désormais désigné
par les initiales M.V. (2) Toutes les citations de M.V. sont extraites dun entretien
(trop long pour figurer ici) que jai réalisé
avec lui au mois de septembre 1995.
Isabelle Lartault "Des étapes éclairantes le long du trajet"
Texte publié dans le catalogue Michel Verjux (avec une
traduction en japonais par Misao Harada), inséré
dans le coffret Tranquility (Miyajima, Nordman, Sugimoto, Toroni,
Verjux), Chiba, Chiba city museum of art, 1996, p. 2-23
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